Père Charles
Homélie pour le Vendredi Saint
L’Heure de Sa glorification
Article mis en ligne le 7 avril 2020

par Webmaster

Jeudi soir, nous aurions dû célébrer le dernier soir de la vie de Jésus, non pas sous la forme du dernier repas, mais sous la forme d’un service. Jésus s’y fait SERVITEUR.

Jésus-Serviteur rompt ainsi l’alternative : « dominant-dominé » et nous invite à faire de même.

C’est ce que la Passion du Seigneur nous permet d’approfondir.

Souvenons-nous de l’évangile de la Passion que nous avons pu lire dimanche dernier, voire écouter grâce au lien communiqué par Bernard. Nous y remarquons que Jésus, lui qui a tant parlé durant sa vie publique, apparaît comme celui qui se tait durant sa passion, d’une part, et comme celui qui est seul, abandonné de tous.

Je voudrais vous inviter, frères et sœurs, tout particulièrement en ces semaines où nous sommes confrontés à la souffrance et à la mort du fait de la pandémie virale actuelle, à ne pas voir dans la passion de Jésus l’apologie, la défense, la mise en avant de la souffrance. Nous avons pendant bien longtemps prétexté des souffrances du Christ pour justifier les nôtres ou les rendre tolérables. J’y vois là une perversion du christianisme, car, je l’ai déjà dit, je l’exprime encore, la souffrance est intolérable, elle est un mal qui, en aucun cas, ne fait plaisir à Dieu. Il nous invite à notre tour à lutter contre elle, à ne pas en faire un bien, même si parfois, c’est notre condition humaine de l’accepter parce qu’elle nous submerge et nous dépasse. Ce qui plaira à Dieu, ne sera pas alors notre souffrance, le mal que nous subissons, mais le fait que nous acceptions notre humanité jusque dans ses limites.

Il faut aussi noter que la souffrance de Jésus - pour terrible qu’elle soit - n’est pas le summum de la souffrance, comme on a pu le dire : il nous suffit de voir des rapports d’Amnesty International pour découvrir que des hommes et des femmes d’aujourd’hui sont torturés bien plus longtemps et bien plus douloureusement que Jésus. C’est donc ailleurs que nous sommes invités à voir ce que peut signifier la mort de Jésus.

Déjà, comme je l’exprimais au début de cette homélie, lors de la célébration du Jeudi-Saint, nous voyons dans l’évangile johannique que Jésus prend la place de Serviteur, en lavant les pieds de ses disciples.

Pour le dire avec d’autres mots, Jésus se fait l’esclave, celui qui n’est plus rien (celui qui ne s’appartient même pas). La mort de Jésus sur la croix, est la mort réservée aux esclaves. Jésus meurt comme il a voulu vivre. En étant esclave, il se vide de toute son humanité et de toute sa divinité. Sur la croix, Jésus apparaît, comme ne ressemblant plus à un homme, comme ne ressemblant en tout cas pas à Dieu. Ou plutôt, ne ressemblant pas aux images que nous nous faisons de l’Homme, aux images que nous nous faisons de Dieu. Sur la croix, Jésus est réduit à rien. Il est sans puissance, il est tourné en dérision, il ne fait plus peur à personne...

Ensuite, Jésus meurt hors des lieux de reconnaissance : il meurt hors de la ville, tout comme il est né hors de la ville. Jésus meurt au lieu de l’exclusion. Seuls le reconnaîtront, des hommes qui étaient exclus du Temple parce que païens. Ceux-là pourront confesser que Jésus est Roi, fut-ce sous le biais de l’ironie pour certain.

En mourant hors de la ville, seul, Jésus prend la place du seul exclu. Pour qu’il n’y ait plus d’exclusion. Il devient en quelque sorte le bouc émissaire, celui qui permet la réconciliation de la cité. Ce bouc que le peuple amenait à certains moments sur la place de la ville, sur qui l’on mettait tous les péchés des gens, et que l’on envoyait hors de la ville dans le désert. Là, le bouc mourrait - et du même coup, les péchés des gens avec lui.

En mourant sans condamner qui que ce soit, fut-ce au nom du droit et de la justice, Jésus supprime toutes les barrières que nous mettons entre nous, toutes les exclusions. Au lieu de sa mort, Jésus met en pratique les paroles qui furent les siennes, paroles qui disent que tous sont aimés de Dieu, celui qui fait pleuvoir sur les bons comme sur les méchants, paroles qui invitent au pardon. Pardon ici réalisé en acte, qui fait que la violence est elle-même anéantie.

Pour l’auteur johannique, c’est cette heure-là, l’heure de la mort de Jésus, celle où il est réduit à néant, qui est l’heure de sa glorification par excellence.

Je conclurai donc en vous invitant, dans les semaines qui viennent, à cultiver le paradoxe ; semaines où le confinement se poursuivra un temps encore, où il ne sera peut-être pas encore possible de nous rassembler. Le premier paradoxe et non des moindres est peut-être de nous rendre compte que Jésus est lumière du monde lorsque les ténèbres tombent sur la terre, en pleine après-midi, lors de sa mort.

Cette lumière-là, dont nous verrons qu’elle passe aussi et de manière définitive par le matin de Pâques, rejaillit encore sur nous aujourd’hui. Regardez bien, dans le plus sombre de nos nuits, elle est là...


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